Résidu Pentagone

La hantise virale

Il y a 4 mois de cela, aux environs du début du mois de mars, une chirurgienne-dentiste fut infectée par le Covid-19. Malgré la rigoureuse hygiène de son propre cabinet et malgré les protections dont elle était dotée, l'exposition constante à la salive de ses patient⋅es a eu raison de ses précautions. Le confinement est alors annoncé par les autorités. Elle se retrouve confinée avec son mari et son enfant de 21 ans. Cette enfant, c'est moi.

Une nuit, elle se réveille. Se dirige vers les sanitaires. Elle tombe, à moitié consciente. Son mari vient à son aide. Elle tombe à nouveau en tentant de se relever, engourdie et assomée. Il la saisit, l'aide à se relever, la couche dans une chambre libre. Cette nuit sonnait le commencement d'un règne, celui de la terreur virale.

Mon père et moi-même n'avons pas échappé à son emprise engourdissante. Les symptômes, nous les connaissons bien. Une fièvre lourde, des maux de tête, de la toux, une perte (partielle pour moi) du goût et de l'odorat, et surtout : une fatigue assomante, si bien qu'il nous était impossible de tenir sur nos deux jambes sans nous tenir à quelque chose. Tout était une épreuve. Descendre les escaliers. Cuisiner. Se déplacer. Tondre la pelouse. Toute activité nous vidait de nos forces. À ce moment-là, je n'avais plus 21 ans, j'en avais 90. Tout à coup, j'avais la sensation de vivre une simulation du quotidien de mes grands-parents. D'autres troubles s'ajoutent à la liste, mais aucun⋅e de nous trois n'avons fini à l'hopital.

Nous avons guéri du virus. Nous nous en sommes tous⋅tes les trois sorti⋅es.

Toutefois…

Il est encore là.

Il ne s'en est jamais vraiment allé. Ou alors, il a laissé un cadeau d'au revoir des plus détestables. Après l'épisode du virus, ma gorge et mes voies nasales ont gonflé, légèrement, rendant ma respiration plus difficile. Insidieusement, ce qui ressemble à une réaction allergique se déclare dans ma gorge progressivement. Du moins, c'est ce que nous pensions. Rien ne fait partir ces œdèmes. Malgré mes efforts toujours plus nombreux pour tenir la poussière à l'écart, et malgré les traitements qui me furent prescrits, rien n'y fait. Mes symptômes restent. Tout comme mes ganglions lymphatiques, mon anxiété et ma dépression gonflent.

Je continue de consulter des médecins. Je fais un scan pulmonaire. Rien à déclarer. Mes traitements sont inefficaces. Et quelque chose vient se rajouter à cela : une fatigue accablante. Je suis fatiguée, en permanence. Mon sommeil n'y fait rien. Mes siestes n'ont que trop peu d'effet. La vitamine C que je croque semble aussi impuissante que les professionnel⋅les de santé que je consulte. Et il semblerait que je ne sois pas seule. Il semblerait même que beaucoup de personnes qui ont été infectées au Covid-19 vivent une fatigue post-virale chronique, et que le temps de récupération peut varier de quelques semaines à plusieurs mois.

Sauf que je ne récupère pas. Mes symptômes ne font que s'intensifier avec le temps. Alors que je peux enfin commencer à vivre ma vie en tant que femme, voila que le virus me hante en permanence, laissant derrière lui de terribles blessures. Je n'ai même plus la force de pleurer ma détresse. Je n'arrive pas à hurler ma faiblesse. Alors que je suis engagée sur le chemin de la transition, je ne me sens que l'ombre de moi-même, une coquille inactive et incapable. C'est injuste !

Les patient⋅es n'ont pas seulement besoin d'être soigné⋅es du virus, mais aussi d'être soigné⋅es après son passage. C'est là l'aspect le plus terrifiant de cette maladie, c'est qu'elle devient partie de vous. Elle vous touche de manière profonde, physiquement et psychologiquement. Elle se ronge une place dans votre chair immunitaire et vous parasite. Elle se loge en vous, et échappe à la compréhension des médecin⋅es. Alors que vous pensiez guérir, vous vous retrouvez engagé⋅e sur le long chemin d'une décadence infernale qui semble ne jamais finir.

— Velvet

Publié le : 22/07/2020
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Ada : Chèr⋅e⋅s lecteur⋅ice⋅s, il n'y a aucun commentaire pour le moment.

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